Exposition de l’été 2013 au mas Génégals : L’œuvre plastique de Michel PAGNOUX présentée par Jean-Philippe Domecq*

Electric City (46x38)L’œuvre plastique de Michel Pagnoux est née dans le contexte de la fin des années soixante en France, à l’époque où le Pop’Art américain avait conquis la scène internationale de l’art. Mais, dans ce contexte, la peinture et les mobiles de Pagnoux, qui connut l’Amérique de près pour y avoir vécu et s’être imprégné des images de la contre-culture d’alors, découpe d’emblée sa singularité, qui mérite écho tant elle est plus ironique, amusée, plus tonique aussi, que l’image Pop’ produite outre-Atlantique. Si on a dit, non sans excès de commentaire, que celle-ci avait une portée contestataire à l’égard de la société de consommation, combien plus encore pourrait-on le dire de l’ironie du trait animé et de la truculence de la gamme ludique de Michel Pagnoux. Cet artiste ne s’est pas contenté de reprendre plus ou moins directement les objets et images mis en circulation par les sixties; il les a intériorisés et en a tiré des formes à la fois bien à lui et bien à nous car participant de sa subjectivité autant que des ondes, contours et couleurs de notre environnement. Par rapport à la prolifération d’images qui a marqué cette époque-là dans des proportions uniques dans l’histoire, il importait, bien plus que de les mettre en série ou de les agrandir par fragments, d’en tirer les formes pour les restituer à travers un regard. Cet artiste abstrait bel et bien ses formes de celles qu’on voit à nos objets de tous les jours, mais sous ses doigts ils semblent venus d’ailleurs, de tellement ailleurs en même temps. Ainsi produit le songe de cet artiste en empruntant aux formes industrielles.

Et puis, pour ses mobiles sculptés, ces figures solitaires qu’il baptisa Solid’Comics, n’ont pas l’air posées lors même qu’elles reposent sur le sol ou près d’un arbre. Venues d’ailleurs, on dirait, polies et arrondies par l’infini sidéral où par ailleurs ses formes dessinées planent aussi. Il y a, dans le graphisme de ce peintre et sculpteur-“objecteur”, quelque méditation amusée sur le grand espace où nous baignons. D’où l’humour du trait. Oui, le trait à lui seul peut avoir de l’humour, Pagnoux nous le prouve. L’humour des formes qu’il cerne en dessin, peinture et volumes, vient de l’espace vide et vibrant qu’il déploie et creuse autour et dedans. C’est du recul du regard qu’un tel espace et un tel trait provient. Voilà pourquoi, dans sa simplicité formelle, cette ironie plastique a quelque chose d’onirique.

Jean-Philippe Domecq
* Écrivain, critique d’art. Bibliographie: 29 ouvrages publiés en date de juin 2011.

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