Saison 2012, “Rois et Guerriers de France”, exposition des œuvres du peintre Tiphaine

Présentation du peintre argentine Tiphaine par Hubert Haddad

Un peintre comme Tiphaine inverse la proposition. Venue de l’informel, du « tachisme » qui n’est qu’un préalable vincesque à quelque vision demeurée en suspens, un peintre comme Tiphaine restitue à l’espace mnésique certains repères en forme de visages ou d’emblèmes afin d’éclairer sa fougue abstraite d’une méditation ingénue sur la tradition et l’histoire, ces constituants sémiotiques et sentimentaux d’une rêverie incidemment constituée en culture. Les rois de France forment certes la galerie de portraits par excellence.

L’air de famille le plus contrasté témoigne de privilèges endogamiques coupés d’un métissage cosmopolite au fil des alliances régaliennes. Les monarques, ces grands métèques incestueux, reçurent des croisements un faciès de fauve ou de façonnier souffreteux ; le sang chez l’un bouillonne encore de la nuit barbare des chefs, ou se délaye chez l’autre après maints cousinages dans les veines d’altesses anémiques. Tiphaine se penche sur les enseignes sacrées du tourbillon générateur rompu jadis sur un pic avant de se perdre aux alcôves de la décadence. Les rois, pour l’artiste revenu de toutes les bâtardises de la modernité, évoquent assez les exaltantes séries picassiennes qui s’imposent dans une antériorité quasi mythologique, avec la Minotauramachie par exemple, ou les Ménines inspirées d’un génial peintre de cour. Cette manière ample, contrastée de traiter la surface picturale, avec un expressionnisme comme retourné sous la rigueur d’une composition en double ou triple étagement combiné où le carré et le losange découpent des éventails et des spirales orbiculaires, prend prétexte de la figuration, à la manière d’un Fautrier griffant d’un profil ses hautes pâtes pour légitimer l’inactuel, a des fins sciemment hyperboliques.

Le motif suscite la manière abstraite et renvoie ici au fond exotique de l’imaginaire. Le peintre d’origine argentine, par rare droit de régale, revisite le vieux continent dans l’hybridation baroque de la mémoire mêlant sans doute aux évocations des dictateurs, grands caïmans voluptueux et seuls mythes propres à l’Amérique latine selon Garcia Marquez.

Hubert Haddad

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